• L'opium à Canton, histoire d'une drogue en sursis

      

      Chinese wedding dress

      

    Selon la légende, Canton est la ville des chèvres descendues du ciel avec des Immortels, d'où la périphrase chinoise de « cité des Cinq Béliers » pour la désigner, béliers qui sont en fait des chèvres.

     

     

    Canton, ou Guangzhou, fut à ses débuts dénommée Panyu (Chinois: 番禺; Jyutping: Pun1 Jyu4), un nom emprunté à la dénomination de deux montagnes entourant la ville actuelle, Pan et Yu. Son histoire commence lors de la conquête de la région durant la dynastie des Qin.

      

      

    Panyu commença son expansion lorsque la ville devint la capitale du Royaume Nanyue (南越) en 206 av. J.-C., ce dernier incluant à l'époque ce qui constitue aujourd'hui le Vietnam.

      

      

    La dynastie des Han annexa le Royaume Nanyue en -111 et Panyu est devenue une capitale de la province du Guangdong. En 226 après J-C, Panyu devint le siège de la préfecture de Guang (广州; Guangzhou). Son nom fut changé en Guangzhou (廣州) en 226.

     

    Sous la dynastie Tang (618-907), la société chinoise s'internationalisa avec l'afflux de marchands étrangers qui fit suite au rétablissement du contrôle chinois sur les routes de la soie, après les conquêtes militaires de l'empereur Taizong (626-649).

      

      

    Canton, comme d'autres grandes villes telles que Chang'an ou Luoyang, ainsi que bien d'autres cités marchandes, accueillit des communautés étrangères. Originaires pour la plupart d'Asie centrale, ces dernières introduisirent de nouvelles religions ainsi que d'autres traditions culinaires, musicales et artistiques.

      

    Au IXe siècle, la population étrangère de la ville de Canton était estimée à 100 000 personnes.

     

    Des pirates arabes et perses mirent à sac Canton (connue d'eux sous le nom de Sin-Kalan) en 758, selon un rapport du gouvernement local du 30 octobre 758, ce qui correspondait à la journée Guisi (癸巳) du neuvième mois lunaire dans le premier année de l'ère de l'empereur Suzong Qianyuan de la dynastie Tang.

      

    Du Xe siècle au XIIe siècle, il a existé à Guangzhou un quartier des étrangers, abritant notamment des habitants venus du golfe Persique issus de la mise à sac de la ville de 758.

     

    De Pékin) L’opium joue un grand rôle dans l’histoire chinoise et ses rapports avec l’Occident avec les guerres de l’opium à répétition au XIXe siècle, lorsque les Européens voulaient contraindre la Chine à ouvrir ses marchés à leurs produits.

     

    Cette drogue a également été au cœur des transformations de la société chinoise, et de la construction d’une identité nationale chinoise au début du XXe siècle.

      

    Xavier Paulès, chercheur au Centre d’études français sur la Chine contemporaine à Hong Kong, consacre un livre intitulé « Histoire d’une drogue en sursis » à cet aspect fascinant de l’histoire de l’Empire du milieu.

     

     

     

    Gravure : dans une fumerie chinoise, gravure datant de 1858 (Thomas Allom/Wikimedia Commons/CC).

     

    Aujourd’hui la Chine : Pourquoi s’intéresser à Canton ?

    Qu’est-ce que cette ville apporte de plus ou de nouveau par rapport à Shanghai où la présence de l’opium est plus connue des Occidentaux ?

     

    Les guerres de l’opium

    Les guerres de l’opium sont des conflits motivés par des raisons commerciales qui opposèrent la Chine de la dynastie Qing (voulant interdire le commerce de l’opium sur son territoire) à plusieurs pays occidentaux (voulant le continuer) au XIXe siècle.

    La première guerre de l’opium se déroula de 1839 à 1842 et opposa la Chine au Royaume-Uni ;

    La seconde guerre de l’opium se déroula de 1856 à 1860 et vit cette fois l’intervention de la France, des Etats-Unis et de la Russie aux côtés du Royaume-Uni. Cette guerre peut être considérée comme le prolongement de la première, ceci expliquant le nom que l’on lui a attribué.

    Le conflit émergea des tensions provoquées par le renforcement des lois anti-opium du gouvernement Qing, alors que les Britanniques tentaient d’exporter l’opium de l’Inde Britannique en Chine.

    La Chine perdit les deux guerres, et fut contrainte d’autoriser le commerce de l’opium et de signer des traités inégaux, ayant pour conséquences l’ouverture de certains ports et le legs de Hong Kong à la Grande Bretagne. L’influence étrangère eut pour conséquence la Révolte des Boxers (1899-1901), et la chute de la dynastie Qing (1911).

    (Source : Wikipédia)

    Chinese Couple - 19th Century

    Chinese Couple - 19th Century

     

    Xavier Paulès :

    Canton est remarquablement peu étudié par rapport à Shanghai et même d’autres villes chinoises importantes comme Pékin ou Chengdu, c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de lui consacrer ma thèse.

     

     

    Il est vrai que l’image de Shanghai pour les Occidentaux est liée en partie à la présence de l’opium, mais il serait tout à fait faux de croire que le sujet a été traité de façon sérieuse par les historiens.

     

     

     

    Une drogue en sursis ne peut donc pas proposer une base pour établir des comparaisons avec le cas de Shanghai.

     

     

    Mais l’intérêt d’avoir choisi Canton est d’avoir en main des résultats pour une ville plus « normale » que Shanghai qui, pour beaucoup de raisons, parmi lesquelles l’importance de la présence étrangère et la rapidité de son développement économique, fait figure de cas atypique à l’échelle de la Chine.

      

      

      

    Pouvez-vous nous décrire les fumeries de Canton ?

      

    Canton compte environ 350 fumeries dans les années 1930, chiffre qu’il faut rapporter à une population de plus d’un million d’habitants. Au mot français « fumerie » correspond une bonne dizaine de termes différents en chinois. La richesse de cette terminologie reflète le fait que l’offre de fumeries est particulièrement large.

     

    Attention donc au cliché de la fumerie comme lieu infâme et repaire de brigands, qui a été soigneusement entretenu par la littérature des contempteurs de la drogue.

     

    Il est vrai que certaines fumeries se réduisent à une pièce sordide où, dans un confort pour le moins rudimentaire, une clientèle de coolies [travailleurs manuels, ndlr] consomme pour quelques sous une drogue de très mauvaise qualité.

     

     

    Mais on trouve aussi des fumeries de luxe.

      

    Ces dernières sont installées dans de grands bâtiments permettant à une clientèle aisée de s’ébattre dans un décor très raffiné, d’user d’un matériel de luxe et des meilleurs crus d’opium.

     

    Ils disposent des éléments les plus modernes du confort, tels que ventilateurs électriques et radio ainsi que d’une palette extrêmement large de services (boissons, repas, massage, etc.). Tout cela se paie évidemment au prix fort.

     

    La majorité des établissements rentrent pourtant dans une troisième catégorie. Ils sont composés d’une ou deux pièces qui, bien que propres et confortablement aménagées, n’offrent pas de luxe particulier.

      

    Elles attirent chaque jour une clientèle habitant ou travaillant aux alentours, qui viennent généralement s’y détendre à l’heure de la sieste ou après le dîner, et aiment à se retrouver entre habitués.

     

    On est étonnés d’apprendre dans votre livre que les familles choisissent sciemment de donner le goût de l’opium à leur fils ou à leur belle-fille.... Pouvez-vous nous en donner les raisons ?

     

     

    Il y a bien de quoi être étonné. J’ai moi-même cru pendant un certain temps qu’il s’agissait d’une généralisation abusive à partir de cas tout à fait exceptionnels, dans la veine d’une littérature abondante qui exagère et dramatise à l’excès les dommages causés par l’opium.

     

     

    Mais il s’est avéré pourtant que, sans être statistiquement très significatif, le phénomène est relativement répandu.

      

      

    Il s’agit de familles extrêmement aisées dont les rentes suffisent à assurer le train de vie sans que personne ne travaille.

    Le calcul fait par certains chefs de famille est que les jeux de hasard constituent leur seul risque de ruine :

    on peut perdre l’ensemble d’un patrimoine en l’espace d’une nuit, si l’on joue gros jeu.

      

    Au contraire, les dépenses causées par la consommation d’opium peuvent être considérables, mais sont forcément limitées.

      

    C’est donc à dessein, pour les garder le plus possible à la maison et les empêcher de courir les tripots, qu’ils incitent leurs fils à fumer l’opium.

     

     

    Le cas des belles-filles est différent : il s’agit de jeunes veuves dont les beaux-parents veulent s’assurer, pour différentes raisons, qu’elles ne se remarient pas. Là encore, l’opium vise à leur ôter tout désir de sortir de la maison.

      

    On pourrait en forçant un peu le trait parler de camisole chimique avant l’heure.

     

     

     

     

    Que représente aujourd’hui l’opium dans l’imaginaire chinois ?

     

    L’opium n’est pas du tout un sujet de plaisanterie en Chine car la question est envisagée sous l’angle du nationalisme, et ce depuis plus d’un siècle. Aucune connotation littéraire ou parfum d’aventure.
     
     
      
    Les Chinois de nos jours apprennent tous à l’école que l’opium est un élément de l’agression impérialiste qu’a subi leur pays au XIXe siècle. Pour eux, la question de l’opium est d’ailleurs presque exclusivement associée à l’épisode des guerres du même nom.
     
     

    Dans l’imaginaire chinois, cette drogue a causé des ravages extraordinaires et constitue l’une des causes fondamentales des difficultés et de l’abaissement de leur pays jusqu’au milieu du XXe siècle, ce qui dans un cas comme dans l’autre, est du reste parfaitement inexact.

     

     

     

    Avez-vous eu facilement accès aux documents chinois ?

    Sinon comment avez-vous fait pour vous documenter ?

     

    L’accès aux documents chinois ne pose pas de difficultés particulières. Les problèmes sont apparus plutôt dans l’enquête d’histoire orale que j’ai entreprise : les questions relatives à l’opium suscitent parfois une méfiance (au demeurant tout à fait compréhensible) chez les témoins rencontrés.

     

    Envisagez-vous de faire traduire votre livre en chinois ?

      

    C’est évidemment un projet qui me tient à cœur, mais cela n’ira pas, je le crains, sans quelques difficultés.

     

     

    ? Xavier Paulès présentera son livre le 14 janvier à 18 heures, à la librairie Le Phénix à Paris, 72 bd de Sépastopol, Paris IIIe.

    ? « Histoire d’une drogue en sursis : l’opium à Canton, 1906-1936 », Xavier Paulès, EHESS, 24 euros.

     

    Gravure : dans une fumerie chinoise, gravure datant de 1858

    (Thomas Allom/Wikimedia Commons/CC).

     

     

     

     

    http://rue89.nouvelobs.com/chinatown/2011/01/10/lopium-a-

    canton-histoire-dune-drogue-en-sursis-183590

     

     

    Fumeries d'opium en chine

     

    Fumeries d'opium en chine

    Les fumeries d'opium sont apparuent en Chine vers 1830. Leur nombre ne cesse de croître au cours du XIXème siècle.

     

    La fumerie est un établissement ou on consomme l'opium installé sur un lit ou un divan et où ont vous apporte votre pipe afin de fumer l'opium.

      

    Le consommateur est allongé sur le côté gauche.

      

    D'une main, il tient une pipe et de l'autre, il puise du suc d'opium dans un récipient. Ensuite, il chauffe l'opium jusqu'à ce qu'il obtienne une boulette qui est fumée dans la pipe.

     

     

    Il existe plusieurs types de fumeries, en fonction des moyens des clients. Celles que fréquentent les coolies sont souvent insalubres ; mais il existe aussi des établissements luxueux, avec des murs ornés de calligraphies, dans lesquels de riches marchands et lettrés viennent fumer l'opium.

     

    L'opium touche 12,5 millions de chinois en 1830 et l'élite chinoise est particulièrement touchée, provoquant une certaine déliquescence de la société de l'époque.

     

     

    Fumeries d'opium en chine

      

      

    A la fin du XIXème siècle, les fumeries sont très nombreuses, surtout dans les villes et en particulier à Shanghai, où l'on compte en 1870 près de 1700 établissements.

     

    En 1906, la Chine décrète une politique d'interdiction de l'opium qui s'avère efficace et qui amène au bout de quelques années la fin des fumeries légales. Il en exista toujours cependant quelques unes clandestines, en particulier à Shanghai dans les années 20-30, comme l'illustre le dessinateur belge Hergé dans son album de Tintin, Le lotus bleu.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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